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Carnet du Chêne VertL’arbre et la haie du grand Ouest

Santé

Dépérissement : la station explique plus que le climat

Le dépérissement n’est pas une maladie. C’est un déficit foliaire durable, et les mesures disponibles désignent d’abord la station, pas la sécheresse seule.

Peuplement clairsemé de chênes verts sur sol caillouteux, houppiers transparents laissant passer le ciel entre des branches dénudées

Le mot dépérissement désigne un état, pas une cause. Un arbre est dit dépérissant quand son déficit foliaire atteint un certain seuil, indépendamment de ce qui l’a produit. Cette définition est importante parce qu’elle explique pourquoi on ne traite pas un dépérissement comme on traite un ravageur.

Comment mesure-t-on le dépérissement ?

Le protocole employé dans le cadre du projet Innov’ilex, sur 130 placettes en région méditerranéenne complétées par 24 placettes suivies par l’INRA, retient deux seuils explicites. Un arbre est dit dépérissant si son déficit foliaire est au moins de 50 %. Un peuplement est dit dépérissant s’il est composé d’au moins 30 % d’arbres dépérissants.

Ces définitions comptent, parce qu’elles rendent les chiffres comparables. Le résultat central de l’étude est que « le déficit foliaire moyen observé par arbre est compris entre 45 et 50 % », ce qui place la moyenne du chêne vert méditerranéen juste sous le seuil individuel de dépérissement. Il ne s’agit donc pas de peuplements en train de mourir, mais de peuplements durablement en déficit.

Trois facteurs explicatifs, dans l’ordre

L’analyse statistique conduite avec la méthodologie de l’outil BioClimSol identifie trois facteurs principaux. Le premier est « le pH du sol, lié au substrat géologique : les dépérissements sont plus fréquents dans les secteurs calcaires, notamment en Provence-Alpes-Côte d’Azur ».

Le deuxième est « la température minimale absolue, qui reflète la contrainte de gel : le seuil de -12 °C semble ressortir comme un facteur limitant important ». Le troisième est « la hauteur dominante, qui explique à elle seule une grande partie du phénomène », et qui traduit la fertilité de la station : plus la station est fertile, moins le risque est élevé.

Ce classement est contre-intuitif. La sécheresse n’apparaît pas comme un facteur autonome mais à travers le bilan hydrique local, c’est-à-dire à travers la capacité du sol et du relief à compenser la contrainte climatique. Le guide le dit ainsi : « les conditions locales jouent donc un rôle important pour prévenir le dépérissement en apportant une compensation à la contrainte climatique ».

Le tableau qu’il faut lire dans le bon sens

L’étude croise l’étage de végétation et le bilan hydrique local. À l’étage méditerranéen inférieur, avec un bilan hydrique défavorable, la proportion d’arbres dépérissants atteint 55 % et celle des peuplements dépérissants 95 %. Avec un bilan hydrique favorable au même étage, ces valeurs tombent à 30 % et 35 %.

Un même climat produit donc des situations opposées selon la station. C’est le résultat le plus transposable de cette étude vers le grand Ouest, alors même que ses chiffres absolus ne le sont pas : le climat fixe la contrainte, la station décide de qui la subit.

Ce que cela signifie dans l’Ouest

Il faut le dire clairement : ces mesures ont été faites en Occitanie, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Corse, sur des taillis âgés en station méditerranéenne. Elles ne décrivent pas le comportement d’un chêne vert planté en haie dans le Morbihan, et personne ne devrait prétendre le contraire.

Deux enseignements se transposent malgré tout. Le premier est méthodologique : devant un sujet clairsemé, on examine d’abord la profondeur du sol, l’engorgement hivernal et l’exposition, avant de chercher un agent pathogène. Le second est prospectif : le guide note que dans un contexte de changement climatique, « les stations encore épargnées par de trop fortes contraintes hydriques aujourd’hui peuvent peu à peu devenir plus défavorables ». Une station limite le reste rarement.

Le seuil de gel, et pourquoi deux chiffres circulent

La fiche ClimEssences donne le chêne vert « rustique jusqu’à -20 °C ». Le guide Innov’ilex retient -12 °C comme facteur limitant. Les deux sont exactes et ne mesurent pas la même chose : la première décrit la survie d’un sujet adulte installé, la seconde un seuil statistique au-delà duquel la vitalité d’un peuplement se dégrade.

Pour une haie de l’Ouest, aucun des deux n’est le facteur décisif, parce que les minima absolus y descendent rarement à ces niveaux. La fiche du CRPF Bretagne cible d’ailleurs autrement le risque, en désignant « les froids trop marqués qui sont préjudiciables aux jeunes sujets ». Le froid est un risque d’installation, pas un risque de peuplement, dans cette région.

Que peut-on faire, et que ne peut-on pas ?

On ne soigne pas un dépérissement. On peut en revanche agir sur la concurrence. Le guide Innov’ilex rapporte qu’« une éclaircie des taillis par le bas stimule la croissance des tiges restantes en réduisant la compétition », et surtout que « l’éclaircie du taillis compense les effets négatifs d’une diminution de 30 % des précipitations ». C’est le seul levier documenté à cette échelle.

Transposé à une haie, cela signifie qu’un éclaircissement raisonné, en supprimant des brins concurrents sur les cépées trop denses, améliore la vitalité des brins conservés. Cela ne se substitue pas à un mauvais choix de station, et cela ne rattrape pas un arbre planté dans un fond humide.

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